Le « Awe-Marketing » : comment l’émerveillement et le respect rendent les marques inoubliables
Qu’est-ce qui pousse les gens à partager une vidéo publicitaire des millions de fois, sans qu’il y ait la moindre promotion en jeu ? La réponse réside dans l’une des émotions humaines les plus puissantes, mais aussi les moins comprises : l’émerveillement, ou « awe » en anglais. Les marques qui parviennent à susciter délibérément ce sentiment d’émerveillement s’ancrent profondément dans la mémoire de leurs publics cibles – bien au-delà des promesses rationnelles liées au produit.
Définition et classification
Voici de quoi il s’agit :
- Situer l’« awe-marketing » dans le contexte du marketing
- Comprendre le terme, son origine et sa signification
- Une base pour les décisions stratégiques
Le terme « awe » désigne une réaction émotionnelle face à des stimuli perçus comme extrêmement vastes, puissants ou tout simplement incompréhensibles. En 2003, les psychologues Dacher Keltner et Jonathan Haidt ont défini l’émerveillement comme l’interaction entre deux dimensions fondamentales : l’immensité perçue (perceived vastness) et la nécessité d’adapter sa propre vision du monde (need for accommodation). Dans le contexte du marketing, cela signifie qu’une expérience d’émerveillement dépasse si nettement les attentes quotidiennes que le consommateur doit recalibrer ses catégories de référence. Il convient de distinguer clairement l’émerveillement de la simple surprise : la surprise est éphémère et neutre sur le plan des valeurs, tandis que l’émerveillement revêt une dimension morale et esthétique qui associe
Les fondements neuropsychologiques de l’émerveillement
La crainte révérencielle déclenche dans le cerveau une combinaison unique d’activation du réseau par défaut et d’engagement du cortex préfrontal. Des études neuroscientifiques menées à l’université de Berkeley montrent que les expériences d’émerveillement atténuent de manière mesurable l’activité du cortex préfrontal médian – cette région qui traite l’image de soi. Cela explique le phénomène du « petit moi » : l’individu se sent plus petit, le monde plus grand. Pour les marques, ce mécanisme vaut son pesant d’or, car c’est précisément à ce moment où l’ego est mis en retrait que la réceptivité aux messages de marque est exceptionnellement élevée. Parallèlement, les souvenirs sont consolidés plus profondément dans des conditions d’émerveillement que dans des états émotionnels neutres.
Distinction : émerveillement, admiration et exaltation
Dans le discours scientifique, les notions d’« awe », de « wonder » et d’« elevation » sont souvent confondues. Le « wonder » décrit plutôt une curiosité intellectuelle et est de nature cognitive, tandis que l’« awe » comporte une composante physique plus marquée : chair de poule, coup de cœur, distorsion de la perception du temps. L’« élévation », en revanche, naît de la grandeur morale d’autrui et suscite avant tout de la chaleur et un sentiment d’appartenance. Pour les stratèges en marketing, cette distinction est pertinente : les campagnes axées sur la « crainte respectueuse » ont besoin de grandeur visuelle ou narrative, celles axées sur l’« émerveillement » fonctionnent grâce à la complexité et à la découverte, tandis que celles axées sur l’« élévation » s’appuient sur des récits héroïques et l’humanité. De nombreuses marques à succès combinent ces trois dimensions dans leur communication globale.
| Aspect | Émerveillement | Surprise |
|---|---|---|
| Intensité | Profonde, durable | À court terme, éphémère |
| Perception de soi | Réduite (Small Self) | Inchangée |
| Besoin partiel | Très élevée (impulsion de partage) | Modérée |
| Émotionnelle à long terme | Transactionnelle |

Importance pour les marques
À retenir :
- Le « awe-marketing » renforce l’image de marque et la fidélisation des clients
- Impact direct sur la notoriété et la conversion
- Un développement à long terme en vaut toujours la peine
Les expériences d’émerveillement présentent une caractéristique neuropsychologique particulière : elles réduisent l’ego, ce que l’on appelle le phénomène du « Small Self ». Lorsque les consommateurs éprouvent de l’émerveillement, leur moi individuel passe au second plan – et la marque à l’origine de ce sentiment occupe symboliquement le devant de la scène. Les marques bénéficient ainsi d’une perception de grandeur qui semble naturelle et authentique. Parallèlement, l’envie de partager cette expérience augmente considérablement : une étude de l’université de Pennsylvanie a montré que les contenus suscitant l’émerveillement ont 30 % de chances supplémentaires d’être partagés que les contenus simplement positifs.
Données et chiffres sur l’efficacité
Les fondements empiriques du « marketing de l’émerveillement » ne cessent de se renforcer. L’analyse réalisée par Jonah Berger sur 7 000 articles du New York Times a révélé que l’émerveillement était le facteur le plus déterminant de la viralité, devant la joie, la tristesse ou la colère. Une méta-analyse publiée dans le Journal of Consumer Psychology (2019) a confirmé que les contenus suscitant l’émerveillement amélioraient la perception de la marque de 23 % en moyenne sur les dimensions « confiance » et « compétence ». De plus, des études sur les mouvements oculaires montrent que les états suscités par l’émerveillement prolongent la durée d’attention accordée aux messages de marque jusqu’à 40 %. Ces chiffres le prouvent : l’émerveillement n’est pas une émotion de luxe réservée aux marques haut de gamme, mais un levier de performance mesurable.
La crainte comme outil de différenciation
Sur des marchés saturés, où les produits ne se distinguent guère sur le plan fonctionnel, la différenciation émotionnelle devient un
La crainte révérencielle et le comportement prosocial
Selon Keltner, il est prouvé que les expériences suscitant l’émerveillement renforcent les comportements prosociaux : la générosité, l’esprit de coopération et le sentiment d’appartenance à une communauté s’en trouvent accrus. Pour les marques, cela signifie que celles qui suscitent l’émerveillement activent une dynamique communautaire qui va bien au-delà de l’acte d’achat et crée des ambassadeurs de marque fidèles.
Utilisation stratégique
Voici comment cela fonctionne :
- Définir clairement les objectifs avant de se lancer
- Intégrer l’« awe-marketing » de manière ciblée dans le mix marketing
- Tester, mesurer et optimiser en continu
Le « Awe-Marketing » nécessite de faire une distinction claire entre la « crainte face à la grandeur » (dimensions gigantesques, forces de la nature, perspectives cosmiques) et la « crainte face à la complexité » (systèmes fascinants, liens invisibles, beauté surprenante dans les détails). Les marques doivent déterminer quelle dimension correspond à leur identité. La mise en œuvre stratégique commence par le choix de la plateforme : l’émerveillement visuel se déploie le plus efficacement dans les images animées et les formats immersifs (IMAX, RA, RV). La « émerveillement textuel » est efficace dans les formats longs qui plongent le lecteur au cœur d’un sujet. La profondeur narrative est déterminante : l’émerveillement ne fonctionne pas par de simples superlatifs, mais en mettant en évidence des dimensions réelles et significatives – qu’il s’agisse d’une échelle cosmique, d’une complexité biologique ou d’une performance humaine à la limite du possible. Les annonceurs doivent s’assurer que le déclencheur de l’émerveillement est organiquement lié à la marque, car les expériences d’émerveillement sans lien avec celle-ci sont certes mémorisées, mais ne sont pas attribuées à la marque.
Étape par étape : susciter l’émerveillement dans les campagnes
La mise en place d’une campagne « Awe » suit un processus clair. Premièrement : identification du potentiel « Awe » de la marque – quelles dimensions de grandeur, de complexité ou de performance humaine peuvent être associées de manière crédible ? Deuxièmement : le choix du bon type d’émerveillement (émerveillement face à la grandeur vs émerveillement face à la complexité) en fonction de l’identité de la marque et du public cible. Troisièmement : le choix du format – la vidéo est presque incontournable pour l’émerveillement lié à la grandeur, tandis que l’émerveillement lié à la complexité fonctionne également sous forme de texte long ou d’expériences interactives. Quatrièmement : l’intégration du lien vers la marque au moment où l’intensité émotionnelle est à son paroxysme, ni avant ni après. Cinquièmement : mesure via le taux de partage, le temps passé sur la page et les retours qualitatifs – les indicateurs clés de performance (KPI) classiques, tels que le taux de clics, s’avèrent souvent insuffisants pour les campagnes « Awe ».
Erreurs courantes dans le marketing « Awe »
L’erreur la plus courante consiste à dissocier l’émerveillement de la marque : une image spectaculaire de la nature suscite l’émerveillement, mais si l’identité visuelle de la marque n’apparaît que dix secondes plus tard, l’effet est perdu. Il en va de même pour les moyens de production démesurés dépourvus de substance narrative : la gigantomanie visuelle sans contenu sémantique suscite l’émerveillement, mais ne crée aucun attachement à la marque. Une autre erreur est la surdose : celui qui optimise chaque campagne pour susciter l’émerveillement perd de son impact à force d’habituation. La « wonder » fonctionne comme une impulsion rare et puissante, et non comme une tonalité de fond permanente. Enfin, de nombreuses marques échouent en tentant d’imposer la « wonder » dans des catégories de produits incompatibles : un magasin discount qui met en scène une « wonder » cosmique manque de crédibilité et génère plutôt une dissonance cognitive.

Exemples de bonnes pratiques
L’essentiel :
- Les grandes marques misent sur la cohérence
- Oser la différence, ça paie
- Définir des indicateurs clés de performance (KPI) mesurables dès le départ
BBC Earth a utilisé la réalité augmentée dans le cadre d’une campagne où des baleines et d’autres géants des mers étaient projetés dans le salon des utilisateurs – cela a donné lieu à des vidéos partagées des millions de fois et à une augmentation de la notoriété de la marque de plus de 40 %. Les collaborations de la NASA avec des marques telles que BMW ou Omega suscitent l’émerveillement grâce à de véritables associations avec l’espace, qui élèvent les produits à un niveau de signification cosmique. Carlsberg a installé à Copenhague un panneau publicitaire gigantesque qui servait quotidiennement de
La grandeur : Red Bull et la stratosphère
Le projet Stratos de Red Bull, lancé en 2012, reste à ce jour l’exemple le plus souvent cité en matière de « grandeur impressionnante » dans le domaine du marketing. Le saut de Felix Baumgartner depuis une altitude de 39 kilomètres – retransmis en direct, sans placement de produit au sens classique du terme – a généré plus de 8 millions de spectateurs simultanés sur YouTube et plus de 50 millions de vues en 24 heures. Le mécanisme décisif : Red Bull a associé pendant des années la dimension cosmique de ce saut à sa propre identité de marque « Gives You Wings ». L’expérience de la « crainte respectueuse » n’était pas un simple élément décoratif, elle incarnait la marque. La hausse du chiffre d’affaires de plus de 7 % aux États-Unis au trimestre suivant atteste de l’effet commercial direct de cet investissement émotionnel.
Émerveillement face à la complexité : Apple et l’art invisible de l’ingénierie
Depuis l’ère Jobs, Apple exploite systématiquement la « complexité inspirant le respect » : les présentations de produits ne mettent pas en avant les spécifications techniques, mais le travail d’ingénierie invisible qui se cache derrière – la précision d’une puce, la finesse d’un boîtier comparée à un cheveu humain, la réactivité d’un capteur à la milliseconde près. Cette mise en scène de la complexité suscite l’émerveillement face à l’exploit humain qui a été intégré au produit. Parallèlement, Apple fait appel à la « fascination pour la grandeur » à travers des images de la nature dans ses publicités pour l’appareil photo : des paysages désertiques, des nuits polaires et des mondes sous-marins, tous filmés avec l’iPhone, associent l’appareil à l’immensité du monde naturel. Cette double stratégie – complexité technique et grandeur naturelle – explique l’attachement émotionnel exceptionnel de la communauté Apple.
« L’émerveillement est l’émotion qui est le plus étroitement liée au comportement prosocial et au désir de partager des expériences. » – Dacher Keltner, Greater Good Science Center, UC Berkeley
Conclusion
- Le « Awe-Marketing » est indispensable dans le marketing moderne
- Penser de manière stratégique, mettre en œuvre avec cohérence
Le « Awe-Marketing » n’est pas une tendance, mais une stratégie fondée sur la psychologie profonde qui permet de positionner durablement les marques. Dans un monde où l’attention est devenue la ressource la plus rare, l’émerveillement offre l’une des rares voies permettant de susciter une véritable profondeur émotionnelle. Les marques qui parviennent à susciter l’émerveillement de manière authentique et cohérente gagnent non seulement en visibilité, mais aussi en importance. La clé réside dans la compréhension de sa propre
Qu’est-ce que l’« awe » dans le contexte du marketing ?
Le terme « awe » désigne une émotion intense de respect mêlé d’émerveillement, suscitée par des expériences perçues comme extrêmement vastes ou complexes et qui remettent en question la vision que l’on a du monde. En marketing, l’« awe » est utilisé de manière ciblée pour donner une dimension émotionnelle aux marques et susciter l’envie d’appartenance.
En quoi la crainte révérencielle diffère-t-elle de la surprise ?
La surprise est éphémère et neutre sur le plan des valeurs. La crainte révérencielle, en revanche, revêt une profondeur morale et esthétique, atténue l’ego de celui qui la vit (le « petit moi ») et génère une impression émotionnelle durable ainsi qu’une plus grande disposition à partager cette expérience.
Quelles marques ont recours avec succès au « awe-marketing » ?
BBC Earth (campagnes de réalité augmentée), les collaborations entre la NASA et des marques de luxe, Carlsberg (panneau d’affichage géant) et Patagonia (documentaires sur la nature) sont des exemples marquants d’un « Awe-Marketing » réussi.
Comment intégrer stratégiquement Awe dans les campagnes?
En misant sur la « crainte face à l’immensité » (dimensions cosmiques, forces de la nature) ou la « crainte face à la complexité » (systèmes fascinants), associées à des formats immersifs tels que la réalité augmentée (RA), la réalité virtuelle (RV) ou les productions IMAX, qui s’inscrivent de manière authentique dans l’identité de la marque.
Quel est l’impact de l’émerveillement sur la perception de la marque?
L’émerveillement renforce la perception symbolique d’une marque, renforce la confiance et l’image d’innovation, et augmente de manière avérée l’envie de partager des expériences liées à la marque – un effet durable qu’une communication purement rationnelle ne permet pas d’obtenir.

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